Je t’aime
Danny Steve’s intriguing tale about waters

19 x 26 cm, 80 pages, color, flap cover

published by Les Requins Marteaux editions, 2008
supported by CNL, Maison Des Auteurs, Conseil Regional de Midi Pyrenees

> lesrequinsmarteaux.com/album/je-taime

> liberation/n8310/eric-loret

> digigraphies chez Arts factory

Traque à trou
C’est un château sur une colline qui ressemble à celui de Sintra au Portugal, dégoulinerie disneyenne avant l’heure, et Danny Steve ne l’a pas piqué des vers, vu la dose de couleurs qu’elle y a rajouté. S’y promènent des poupées et des animaux à gueule de figurine plastique, dans une ambiance 3D qui sent bon le jeu vidéo tout fané. Le hiatus est dans la place : corps raides et mal articulés dans un décor über psyché. Il y aura des fleurs et des grincements de dents. L’album Je t’aime est pour partie le résultat d’une résidence à la Maison des auteurs d’Angoulême et aussi une bonne illustration d’un concept cher à Danny Steve : le fun de l’inertie. Tout tourne ici autour de trous, des trous de poupées qui ressemblent à des baigneurs, des « trous de baigneuses », donc. Ils sont au milieu d’un jardin fragmentaire et sujet à discussion entre deux mannequins de celluloïd : « Mon trou est plus profond. –Mais le mien est plus joli. » Ajoutons à cela une histoire de sécheresse et d’humidité perdue et retrouvée, et l’on sent qu’il y a de la sexualité là-dessous, du rôle social, de l’identité par le trou d’yeux des autres. En attendant d’entrer (sans pénétrer) dans le royaume désirant de Je t’aime, on pourra s’assouplir le corps avec Dix Minutes de sumo, son présédent opus. Là, la figure humaine devient non une poupée mais un signe parmi d’autres, oblitéré, mal interprété, court-circuité, échangeable. Toujours susceptible de finir balayé. Danny Steve présente aussi quelques inédits dans la revue 303 (Revue303.com).
Eric Loret
Libération n° 8310, 24 janv 2008