10 Minutes des feux de l’amour
64 pages, noir et blanc, janvier 2007
broché, 15 x 11 cm

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La dessinatrice Danny Steve publie sa retranscription graphique de dix minutes d’un épisode des « Feux de l’Amour » diffusé en 1997. Ou comment, quand ça fait 33 ans que ça dure, n’importe quelle tranche de tragédie extraite d’une chaîne de fatalités quotidiennes suffit à nous faire désirer pour nous-même une autre vie.
Depuis 1973 dans la série « Les Feux de l’amour » se marient, se déchirent, vieillissent et meurent des « clans » composés et recomposés de jeunes, vieux, beaux, et autres agités plus ou moins fortunés. Ce qui signifie que, pour certains adeptes du feuilleton comme pour certains acteurs ayant vécu plusieurs âges à l’intérieur du Tube, les « Feux de l’Amour » représentent pratiquement toute une vie aplatie. Pour « 10 Minutes des Feux de l’Amour », Danny Steve a travaillé d’après un enregistrement VHS, à l’aide d’un magnétoscope au temps de pause limité. La devise du soap-opéra devient celle de la dessinatrice : « Si j’avance, je suis mort, si je recule, je suis mort, alors pourquoi reculerais-je ? », devise qui n’est pas sans rappeler le pacte d’écriture de Montaigne dans ses Essais : « J’ajoute, je ne corrige point. ». Objectif, « l’authenticité » de l’épisode pour les lecteurs, avec en prime, l’authenticité de la création sur trame existentielle. La matière cathodique inerte est croquée plan par plan comme un modèle vivant par le trait spontané et cruellement enfantin de Danny Steve, dialogues et prénons sont modifiés, quelques motifs tamponnés sur le tout pour l’épaisseur. La retranscription de l’épisode est fidèle et subjective, ce qui, merci, n’est pas incompatible, nous sommes sauvés pour cette fois. Des désirs, amour, langage, poésie, naguère contraints par le format sortent de l’abîme par les quatre coins du cadre. Et nous découvrons, entre autres, dans « 10 Minutes de Feux de l’Amour », un instantané Portrait de l’Artiste. « J’ai enfin trouvé qui je suis », dit la Lucidia de Danny Steve.

Kylie Ming, 10 Minutes des feux de l’amour,
Technikart Mademoiselle n° 9, hiver 2007.